BONS BAISERS DE LA FRENCH RIVIERA

Arts plastiques - Exposition

27 septembre • 01 décembre 2018

Lucile Littot
"Bons Baisers De La French Riviera"
Avec des œuvres de Jean-Jacques Littot
Commissaire Lionel Balouin
du 27.09 au 01.12



L’univers de Lucile Littot frappe par sa liberté, sa singularité, sa propension à une exubérance tour à tour baroque, rococo, romantique, onirique, grotesque, caricaturale, caustique, joyeuse et tragique. C’est comme une fête ouverte à tous les excès plastiques, à une hybridation des formes et des médiums, de la peinture à la céramique, dans des installations où s’enchevêtrent des récits gigognes et tentaculaires. Glamour et trash, Lucile Littot se joue des hiérarchies et des catégories esthétiques pour puiser des références aussi bien dans le champ de la culture savante que dans la culture populaire.

"Bons Baisers De La  French Riviera" claque comme un message inscrit au dos d’une carte postale, dans l’urgence de ne pas perdre une once d’un bonheur estival. Lucile Littot convoque les souvenirs d’une enfance heureuse passée dans la maison familiale, Le Mas d’Ulysse ou Le Mas du lys – "on n’a jamais vraiment su" dit-elle -, à Sanary-sur-Mer. Dans une mise en scène théâtrale, elle déploie dans l’espace aux proportions domestiques de la galerie Edouard Manet, une installation indicielle composée d’objets ready made et de pièces en porcelaine qui, du vestibule à la chambre, sa chambre d’enfant, nous convie à une déambulation dans les méandres d’un huis-clos familial. Au centre de la salle à manger sur la table, entourée des peintures très seventies de son grand-père Jean-Jacques Littot, est dressé un étrange et inquiétant repas de famille.

Ce décorum hybride, passant d’une forme à l’autre, d’un style à l’autre, se donne à lire dans sa globalité. Pourtant, à y regarder de plus près, il est empreint d’une surcharge décorative par l’omniprésence de drapés, de motifs floraux stylisés et d’éléments dessinés au lustre or 15 carats sur les céramiques. Cette outrance ornementale résonne comme une hypertrophie idéalisée et fantasmée du sublime. Cette disposition toute particulière à jouer avec les médiums, les objets et les formes fait écho à sa manière de superposer les récits en un pudding narratif. Les objets de ses installations deviennent alors les catalyseurs symboliques de références multiples, intimes, personnelles, familiales, culturelles, religieuses, historiques, avec une prédilection pour les destins féminins tragiques. Dans les mets proposés on trouve tout à la fois le corps dépecé de la Princesse de Lamballe, celui de Sainte Lucie de Syracuse, identifiable par son attribut, une paire d’yeux qu’elle tient au creux de sa main, ou encore, une évocation de la sirène servie à des GI dans "La peau" de Curzio Malaparte. Ces figures martyres sont autant d’alter-égos de Lucile Littot.

De même, le cheval suspendu ainsi que les fragments d’équidés disposés sur les désertes dans la cuisine obéissent à cette même logique absurde et onirique de transsubstantiation d’un corps dans un autre. Le cheval, "Jeff Maggio, chemise ouverte, chaines en or qui brillent" n’est autre que la condensation d’un amour estival d’adolescence, le souvenir du carrousel de l’hôtel Negresco à Nice, qu'elle fréquentait en compagnie de sa grande tante excentrique Marthou et l’évocation de la figure angoissante du cheval dans le tableau "le Cauchemar" de Johann Heinrich Fussli. L’animal est ici pris dans sa fonction symbolique ambivalente et contradictoire, tout comme les deux sirènes, enchanteresses et fatales, disposées l’une dans le séjour, l’autre dans la chambre d’enfance. Féerie et monstrueux se côtoient toujours comme les deux faces inséparables d’une même pièce.

La chambre est le lieu où s’échafaudent au fil du temps, rêves et cauchemars, désirs et craintes, amours et phobies, destins idéalisés ou tragiques. Les céramiques suspendues à la fenêtre sont autant d’ex-voto destinés à attirer les bonnes grâces ou conjurer le mauvais sort. L’exposition "Bons Baisers De La French Riviera" met en scène en partant d’une mythologie personnelle et sans nostalgie, un temps révolu qui nous façonne dans notre singularité et notre identité.

Lionel Balouin

Horaires: 
Du lundi au samedi de 14h à 18h30 et sur rendez-vous
Tarifs: 
Entrée libre
Moyens d'accès: 
Accès depuis Paris Métro : Ligne 13 terminus Asnières-Gennevilliers-Les-Courtilles + 5 min. Tram 1 (arrêt Le Village) RER C : Arrêt Gare-de-Gennevilliers + 5 min. Tram 1 (arrêt Le Village) Route : Depuis Porte de Clichy, direction Clichy centre, Gennevilliers centre puis Village
Ecole municipale des beaux-arts /Galerie Edouard-Manet
3 Place Jean-Grandel
Gennevilliers 92230
France
Dernière mise à jour le 28 sept. 2018