Deux sens du décoratif

Arts plastiques - Exposition

02 juin • 18 août 2018

Le mot décoratif a deux significations soit, plus généralement, l’embellissement ou plus précisément l’ornemental.

Bien que nous puissions considérer la majeure partie de l'histoire de l'art comme décorative, parler aujourd'hui de décoratif en art est souvent considéré comme un jugement péjoratif lié d'une certaine manière à un attrait bon marché, sans complexité, sans goût, ni contenu.

Certaines conditions tacites préalablement construites au XX siècle, sur lesquelles l'art contemporain repose encore, partagent des similitudes frappantes avec les racines des sciences modernes. L'art réclame toujours son indépendance proclamée vis-à-vis du marché, du public, de la politique, et sur un label “qualité” supposé reposer sur l’expertise de son propre domaine en constante expansion. Ces conditions autrefois libératrices ont constitué progressivement une idéologie de l'art qui, au lieu de refléter et de stimuler la recherche artistique, la précèdent, la façonnent et la justifient. Suivant le même modus operandi, la forme neutre si étroitement liée à l'art conceptuel ou à la pureté de la forme qui a servi de socle à toutes les stratégies réductrices depuis les premiers pas de l'abstraction, ces deux idéologies (et bien d'autres) contrôlent la façon dont l'art est regardé, jugé et perçu.

Ce qui relie toutes ces idéologies n'est cependant pas l'idée de l'art comme activité logique rationnelle, bien qu'elle soit l'une des plus importantes. Car même ses négations comme "l'irrationnel" art brut ne peuvent exister que par rapport à la lignée rationnelle de l'histoire de l'art, comme toutes les autres oppositions binaires, source inépuisable d'accélération rapide du mouvement entre le majeur et le mineur, l'ancien et le nouveau. C'est plutôt la notion générale du bon et du mauvais art, dont la qualité n'est pas façonnée par le matérialisme dialectique des infrastructures de soutien, des moyens de circulation et de marchandisation, mais de la qualité, qui transcendentalement, émane de sa qualité intrinsèque. Une fois de plus, cela ressemble étroitement à l'idée de la vérité objective que la science des Lumières, non influencée par des moyens politiques ou économiques, était supposée découvrir expérimentalement dans un laboratoire, si semblable à l'espace d'exposition moderne.

Néanmoins, l'objectif de cette exposition n'est pas de réintroduire le décoratif dans les beaux-arts. Cela c'est déjà passé plusieurs fois au cours de différentes modes et n'a servi qu'à confirmer la logique mentionnée précédemment, un cercle sans fin dans lequel le fait de refuser est une conséquence égale au fait d'accepter. L'objectif est plutôt de ramener les beaux-arts au point du décoratif contre lequel il a prétendu se positionner. Cependant, comme un produit seulement permis par l'existence de différents intérêts, il n'a jamais disparu.

Le décoratif, dans ses deux sens, est donc utilisé ici comme la métaphore d'une attaque sur l'autonomie proclamée de l'œuvre, autonomie complètement construite idéologiquement.

Le décoratif dans sa propre définition, ne s'embellit pas lui-même mais embellit autre chose. Au lieu de se séparer de lui-même, il est capable de performer ses différents contextes et fonctions. Il ne cache pas ses différents statuts utilitaires qui lui permettent d'exister. Il ne vise pas une espèce de vérité indépendante, mais comme au théâtre, il crée un mensonge avoué, ou plutôt une illusion supposée, à ne pas prendre pour une interprétation libre relativiste.

L'ornement fonctionne par conséquent en rassemblant différents éléments dans un ensemble plus grand. La structure ornementale n'est pas un support supposé invisible pour la partie et le tout qui la composent. Elle crée un équilibre esthétique qui nous permet de basculer entre la pièce et le tout. L’ornement est capable d'abstraction au sein de la figuration mais toujours dans une perspective signifiante globale. Ainsi, il transcende le débat de la quête de pureté et/ou de totalité. De cette façon, il réunit le contenu et la forme, si souvent divisés par différentes combinaisons hiérarchiques.

Le terme décoratif ici signifie « ne pas avoir peur d'être utilisé », mais pas nécessairement en s’inscrivant dans une dimension pratique ou fonctionnelle qui constituerait une fois de plus un clivage entre arts majeurs et mineurs, et d'autres hiérarchies basées sur la qualité relationnelle. Par conséquent, l'ornement, loin de commander, ne constitue pas une idéologie qui serait qualitativement meilleure que celle basée sur l'interprétation ou la classification, seulement, il ne prétend pas atteindre une sorte de noyau invisible des choses, mais accentue ouvertement sa structure opérante par sa propre logique d'intensité, de rythme et de répétition.

Horaires: 
Ouvert le mardi de 14:00 à 20:00 et du mercredi au samedi de 14:00 à 18:30. Fermé les dimanches, lundis et jours fériés
Heures de vernissage: 
18:00
Tarifs: 
3€
Passerelle Centre d'art contemporain, Brest
41 rue Charles Berthelot
Brest 29200
France
Dernière mise à jour le 18 juin 2018