GRAZIA TODERI, RED MAP

Arts plastiques - Exposition

19 avril • 28 juin 2019

 

 L’occhio non vede cose ma figure di cose che significano altre cose

Italo Calvino, Le città invisibili. “Le città e i segni 1” (1)

 

C’est dans le déplacement de signes que se révèle l’œuvre visionnaire de Grazia Toderi. Aussi insaisissables que prégnantes, les images qu’elle crée tiennent autant de la réalité concrète que de son intuition. Captivantes, elles suscitent le vertige et l’acuité de la pensée. Peut-être y a-t-il chez Grazia Toderi des réminiscences de cosmologie antique, peut-être aussi de théories humanistes liant l’homme au monde par sa conscience. Un être d’une complexité infinie, un monde d’une intensité inépuisable. Un être qui teste ses capacités à comprendre au sens étymologique, un monde qui épouse ou contrarie cette conscience.

Grazia Toderi agit avec grâce et violence. L’équilibre et la beauté des images sont des outils d’exploration. Le sublime n’est pas une fin d’autant qu’il est toujours bouleversé.

Quand en 1994(1), elle plonge dans une piscine avec son imperméable et son parapluie pour marcher dans le fond, elle ne teste pas que les lois de la pesanteur. Elle a pour toujours en mémoire (souvenir de très petite enfance) les pas flottants du premier homme sur la lune retransmis à la télévision. Elle en fait un autre scénario dont on peut dire qu’il est, finalement, semblable par les sensations qu’il produit : étonnement et inquiétude et cette poésie astrale qui n’a pas d’équivalent, qui est une sensation neuve dont Grazia Toderi a saisi l’essence.

Depuis, elle met l’humanité sur orbite modifiant les points de vue qu’elle situe au niveau cosmique. La perspective est dépassée, l’observation devient un état. Le travail est précis dans ses aspects visuels et sonores. Les images satellites d’EMPIRE (2002) prélevées sur les sites internet et retravaillées font découvrir les vibrations lumineuses de continents habités avec leurs zones accentuées, les plus scintillantes et les plus sensibles.

Plus tard, c’est l’artiste elle-même qui capte ses propres images : éléments et phénomènes naturels, cités, lieux de la mythologie éternelle et moderne (théâtres, stades) et frontières (terre, mer, côtes…), toujours à partir de points élevés et éloignés, qui permettent un englobement par la vision. Grazia Toderi produit des stratifications de lumières, des signes du vivant.

RED MAP (2016-2018), comme ORBITE ROSSE (2009) et ROSSO BABELE (2006), évoque le livre de Calvino(2). Son dispositif particulier rend plus vif encore le rapprochement avec ce texte extraordinaire. Un seul film projette cinq faisceaux au sol où se superposent, sous formes elliptiques en mouvement, des vues nocturnes de plusieurs grandes villes dessinées par les lumières qu’elles produisent ; le son très présent, est le même que l’artiste travaille depuis 1997. Sa vibration rappelle celle du vent et suggère les bruissements de la pensée. L’œuvre RED MAP est entrée dans la collection du FRAC Corsica l’année de sa création. Elle y est exposée après Tel-Aviv (à la Braverman Gallery du 22 mars au 17 mai 2018) et Florence (à la Galleria Poggiali en novembre 2018).

Anne Alessandri, 2019

 

 

(1) Italo Calvino, in Le città invisibili. Texte de 1972. Ed. Oscar Moderni 2016.

(2) Zuppa dell’eternità e luce improvvisa

 

 

 

Grazia Toderi est née en 1963 à Padoue. Elle vit et travaille à Milan et Turin.

Après avoir étudié la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Bologne, Grazia Toderi s’est engagée, dans les années 1990, dans un travail utilisant principalement la vidéo. le dessin et la photographie.

Elle a participé à de nombreuses expositions : FRAC Languedoc-Roussillon, FRAC Bourgogne, Casino Luxembourg - Musée d’art contemporain, Castello di Rivoli... Sa participation en 1993, à la 45ème Biennale de Venise a particulièrement été remarquée. Elle a été récompensée par un Lion d’Or, à la Biennale de Venise, en 1999.

En 2001, elle a bénéficié d’une bourse décernée par le Castello di Rivoli, qui lui a permis de séjourner aux Etats-Unis. En 2004, elle crée la vidéo Semper Eadem pour la réouverture du théâtre La Fenice, à Venise, et, en 2006, elle est invitée pour une exposition personnelle à au Padiglione d’Arte Contemporanea à Milan. En 2009, pour la Biennale de Venise, elle réalise la double vidéo projection Orbite Rosse, en hommage aux anciennes planisphères célestes et terriennes. L’année suivante, le Musée Serralves, à Porto lui consacre une exposition personnelle et présente, entre autres, une nouvelle double projection vidéo intitulée Atlas. A l’occasion de cette exposition, l’artiste présente également une importante série de dessins et de peintures, réalisés au crayon, mais aussi à l’aide de métal ou d’étain fondu. En 2011et 2012, le Hirschhorn Museum, à Washington, et le MAXXI à Rome lui consacre une importante exposition. En 2017, elle termine en collaboration avec l’écrivain turc Orhan Pamuk, un projet ambitieux Words and Stars, une projection réalisée spécialement pour le Planétarium de Turin. Cette même année, elle finalise une installation pour le Palais Madame, à Turin, ainsi qu’une trilogie composée de huit projections pour le Musée d’art Moderne et d’art Contemporain de Rovereto

Horaires: 
lundi-vendredi, de 9h à 12h / de 14h à 18h samedi, de 14h à 18h
Heures de vernissage: 
11h
Tarifs: 
gratuit
FRAC Corse
La Citadelle
Corte 20250
France
Dernière mise à jour le 24 avr. 2019