Khaled Abdulwahed lauréat du prix du Cnap - FIDMarseille 2018

Pour la quatrième année consécutive et à l’occasion de la 29ème édition du FIDMarseille – festival international de Cinéma Marseille qui s'est tenu du 10 au 16 juillet 2018, le Cnap a remis un prix à Backyard, court-métrage de Khaled Abdulwahed, artiste syrien résidant à Berlin. Le jury, composé de Gaëlle Boucand, Marta Bianchi, et Garbiñe Ortega, a choisi de distinguer ce film de la selection internationale « pour l’expérimentation avec laquelle il convoque, depuis l’arrière cours d’un immeuble berlinois, le souvenir d’un lieu familier en Syrie ; pour la singularité formelle et conceptuelle avec laquelle il questionne les liens entre mémoire et représentation et l’ampleur que revêt ce geste simple, précis et nécessaire. »

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LE SYNOPSIS DU FILM BACKYARD

Soit une photographie, prise en 1998 en Syrie, d’un champ de cactus, plante connue pour sa résilience. La guerre et ses dévastations sont passées par là. Du champ, jadis espace familier de Khaled Abdulwahed, il ne reste, apprend-on, que cette photographie. L’enjeu va consister à conjurer sa perte, rejouer son souvenir. A cela s’emploie Khaled Abdulwahed, opérant dans Backyard le passage de l’un à l’autre, de la lente  métamorphose de l’image jusqu’à la réactualisation, à moindre échelle, du lieu représenté. Geste dérisoire, modeste, essentiel qui se double ici de celui d’interroger la mécanique à l’œuvre.

Ainsi va se déployer tout le processus de reconstitution, dans le moindre détail, geste après geste, opération après opération, jusqu’à la touche finale. Mécanique de la destruction et de la reconstitution en écho à d’autres mécaniques, celle de la mémoire et de ses substituts, celle du film et de la reproduction, celle aussi, versant sombre, qui a conduit à la destruction du lieu représenté. D’un paysage à sa représentation, zoomer, mettre au point, scanner, développer convoquent ici hélicoptères, bulldozers et autres tanks qui labourent le sol.

Passage du temps et déplacements, de la Syrie à Berlin, du champ à l’arrière-cour à la pénombre éloquente, au fond de laquelle se joue la reconstitution méticuleuse, précise mais miniature, du lieu qui se déploie sous nos yeux. Mais à distance, sans vouloir faire illusion, avec au loin l’écho de la ville, les bruits de pas et autres présences, ici et maintenant. Geste farockien, interrogeant la technique de l’image, de sa destruction et de sa mémoire, depuis son arrière cour en quelque sorte, comme l’indique le titre. (NF)

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LE CNAP ET LE FID PARTENAIRES
Le Cnap a inauguré en 2015 un partenariat avec le FIDMarseille. Il se traduit par la dotation du Prix du Cnap, attribué à un réalisateur français ou étranger, dont l’objectif est de jouer un rôle incitatif dans le parcours artistique et professionnel du lauréat. Cette récompense s’inscrit dans la continuité des actions du Cnap qui accompagne chaque année une vingtaine de films engagés dans de nouvelles écritures et pratiques cinématographiques (via l'aide aux maisons de production dispositif Image/mouvement).

Dernière mise à jour le 10 sept. 2018