La vie aquatique

Arts plastiques

25 mars • 18 juin 2017

La mer. Elle est le mouvement infini, la vague qui ne cesse de s'échouer sur la grève, elle est depuis toujours l'espace privilégié des poètes, des marins, des explorateurs et des renégats de tous les pays. Elle est notre horizon, parfois notre cimetière, elle a inspirée quantité de mythes et légendes, et ne cesse, depuis des siècles, d'inspirer les artistes.

La Vie aquatique explore les rapports ambivalents que l’homme entretient avec la mer, tout à la fois lieu de fantasmes, de rituels et de contes, lieu de découvertes et de conquêtes glorieuses mais également de combats souvent perdus contre l’immensité de l’océan. De Moby Dick à Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, des marines de William Turner aux gravures symbolistes d’Odilon Redon, la mer n’a cessé depuis des siècles d’inspirer les artistes. Si les artistes contemporains continuent d’explorer ce territoire, c’est sans doute dans la mesure où il constitue une métaphore pertinente de notre relation au monde contemporain. La mer (et ce que nous en faisons) symbolise tout à la fois notre relation à la nature et à sa représentation, mais également aux dérives du capitalisme, aux relations nord-sud et aux effets désastreux de la pollution et de la surproductivité sur la biosphère et la diversité des espèces. La mer n’est pas qu’un horizon, elle est aussi une frontière que des hommes affamés ou persécutés tentent de franchir par tous les moyens, et la plage parfois un cimetière, où viennent s’échouer les rêves des migrants de tous les pays.

Derrière son titre volontairement séduisant, l’exposition La Vie aquatique explore tous ces paradoxes .Son titre est emprunté au film éponyme du réalisateur américain Wes Anderson, lui-même librement inspiré de la vie du commandant Cousteau. De manière tout à la fois tendre, ironique et grinçante, le film raconte les aventures de la Calypso et du commandant Cousteau, aventures qui ont enflammé l’imaginaire de toute une génération et ont permis de fixer dans l’imaginaire collectif des images et des représentations de ce continent alors largement inconnu. L’exposition s’ouvre sur un ensemble d’oeuvres qui se penche sur l’observation de phénomènes marins, entre observation mélancolique et fascination pour cet élément naturel (Jochen Lempert, Shimabuku, Dove Allouche) et explore comment nos vastes étendues d’eau sont sources inépuisables de fictions (Simon Faithfull). Mais cette imagerie résulte également d’une construction culturelle qui induit notre relation au savoir et au regard (Laurent Le Deunff, Aurélien Froment, David Renaud). 

Il n’est sans doute pas anodin que nombre des artistes de l’exposition viennent de territoires où se cristallisent des enjeux politiques et/ou écologiques liés à la mer : du Japon au Brésil, du Chili à la Colombie, la mer et ses confluents sont au coeur de conflits humains, mémoriels et politiques que les artistes font resurgir à la surface.

Non sans humour et beauté formelle, Maarten Vanden Eynde et Mark Dion font d’ailleurs littéralement remonter à la surface des débris de plastique et autres bibeloteries qui peuplent désormais les profondeursde nos océans. Enrique Ramirez nous propose quant à lui une vision a priori sublimée de l’océan chilien, filmé au ralenti en très haute définition, mais derrière la beauté des images se cache une réalité nettement plus sombre : celle de la dictature de Pinochet, celle d’un océan cimetière où les opposants au régime ont été jetés depuis des hélicoptères, celle d’une mer que l’on utilise pour ne pas laisser de traces. Si le corps est absent chez Ramirez, englouti par les flots, il est au coeur des préoccupations de Maria Laet et d’Hannah Wilke : chez la jeune artiste brésilienne Maria Laet, le corps est en symbiose avec l’élément marin et la plage le lieu de la réparation. Chez l’artiste américaine Hannah Wilke, la figure de la sirène lui permet de filer la métaphore entre le féminin et le milieu marin et ainsi de déconstruire les codes de représentation du masculin et du féminin.

Bien loin de l’imagerie romantique des océans, Allan Sekula, dans son film-essai The Lottery of the Sea, nous décrit la mer comme une véritable autoroute géante surchargée de containers et de paquebots de tourisme de masse et l’économie maritime comme le prototype du marché du travail à l’ère de laglobalisation .Par le biais d’oeuvres ouvertes et polysémiques, qui refusent toute posture catastrophiste et moraliste, l’exposition se propose de poser un regard à la fois poétique et engagé sur toutes ces questions. Entre beauté et violence, contemplation et prise de conscience politique, La Vie aquatique tente d’établir une analogie entre deux écosystèmes, celui de l’homme contemporain avec celui de la mer, cette vaste étendue d’eau lieu de multiples enjeux : notre septième continent.

Horaires: 
De septembre à juin: ouvert du mardi au vendredi 10-18h et le week-end 13-18h. Fermé le lundi et les jours fériés.
Heures de vernissage: 
18h30
Moyens d'accès: 
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Dernière mise à jour le 27 mars 2017