Le Centre national des arts plastiques a souhaité initier en 2015 un premier appel à projet international pour l’attribution de 3 bourses curatoriales visant à engager une recherche en lien avec les œuvres inscrites à l’inventaire du Fonds national d’art contemporain.

Ces bourses offrent aux commissaires retenus la possibilité d’expérimenter de nouvelles stratégies curatoriales et d’envisager cette collection dans sa dimension la plus expérimentale tant sur son versant historique que le plus actuel .

Le jury composé de Marie Cozette, directrice de la Synagogue de Delme, Marie de Brugerolles, commissaire indépendante, Pierre Leguillon, artiste et Dirck Snauwaert, directeur du Wiels ainsi que de Yves Robert, Xavier-Philippe Guiochon et Sébastien Faucon du Cnap s’est réuni le 2 octobre 2015.

Trois projets ont été retenus : Sur la réserve de Anne-Lou Vincente et Raphäel Brunel, La recherche curatoriale confrontée à la reproduction d’œuvres d’art : pour une exploration culturelle du Fonds national d’art contemporain de Francesca Zappia et France 1947-1968 : les arts de faire de Géraldine Gourbe et Florence Ostende.

Les projets soutenus feront l’objet de restitutions en 2016 pouvant donner lieu à des projets éditoriaux, des colloques, expositions ou encore toute autre forme physique et virtuelle.
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SUR LA RÉSERVE DE ANNE-LOU VICENTE ET RAPHAËL BRUNEL (WHAT YOU SEE IS WHAT YOU HEAR)
Cette recherche vise à s’intéresser aux œuvres de la section contemporaine du Fonds national d’art contemporain qui, pour des raisons essentiellement techniques ou matérielles, ne sont plus - ou que très rarement - en mesure d’être exposées. Comment pallier ce défaut de visibilité et d’accessibilité ? Quelles voies emprunter pour les faire « sortir de leur réserve », les remettre en circulation et recréer, malgré leur absence, les conditions et possibilités de leur expérience et de leur interprétation ?
Une fois ce corpus d’œuvres établi, il s'agira de dresser une sorte de portrait et de récit relatifs à chacune d’elles, transmis par la suite à un artiste invité à en livrer sa propre version, de sorte à continuer à la faire exister et se propager sous de nouvelles formes faisant la part belle à l’oralité, la musique et plus largement au son.

Anne-Lou Vicente et Raphaël Brunel, critiques d’art et commissaires d’exposition indépendants., basés à Paris. Dans la lignée de la revue d’art contemporain sur le son VOLUME, qu’ils ont co-fondé et animé entre 2010 et 2013, Ils continuent depuis leurs recherches autour des liens entre son et arts visuels jusque dans leurs marges, sous forme d’éditions, d’événements (performances, concerts, conférences, etc.) et d’expositions.
http://www.wysiwyh.fr/
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LA RECHERCHE CURATORIALE CONFRONTÉE À LA REPRODUCTION D’ŒUVRES D’ART : POUR UNE EXPLORATION CULTURELLE DU FONDS NATIONAL D’ART CONTEMPORAIN DE FRANCESCA ZAPPIA
En parcourant la base de données de la collection du Fonds national d’art contemporain, Francesca Zappia a constaté un nombre remarquable de copies, photographies, appropriations et citations d’œuvres et objets d’art relevant du patrimoine universel. Leur présence détermine un jeu de renvois et de citations au sein de l’histoire de l’art, venant désamorcer les fondements du récit « évolutionniste » de cette discipline.
Cette recherche a pour objet l’étude des raisons de leur production et existence dans la collection. Dans une lecture transversale de la collection, elle viendra révéler les différents contextes sociopolitiques, esthétiques et technologiques sous-jacents la création de ces œuvres, permettant de reconsidérer la notion d’originalité liée au discours historico-artistique – qui, à présent, distingue les copies de tableaux produites au XIXème siècle des appropriations des années 1980 – et de présenter les différentes reproductions sur un même plan.
Reliées à leur contexte d’origine, ces œuvres pourront être considérées dans l’autonomie de leur « micro-récit » ; alors que l’analyse de l’évolution du goût esthétique autour duquel le dualisme originel-copie s’est formé permettra de révéler certaines histoires liées à la politique culturelle et d’acquisitions de la collection.

Francesca Zappia est une curatrice indépendante. Elle vit et travaille à Glasgow. Ses recherches se focalisent autour de la question de la transmission de la mémoire et de la fabrication du savoir dans les pratiques artistiques, qu’elle met en abîme dans sa pratique curatoriale pour expérimenter des nouvelles formes de présentation, en ligne et hors ligne (past-forward.net et East End Transmissions)
http://www.past-forward.net
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FRANCE 1947-1968 : LES ARTS DE FAIRE DE GÉRALDINE GOURBE ET FLORENCE OSTENDE
Cette recherche se détourne d’un récit historique des événements et épisodes institués et porte son attention sur les signes et les usages qui traversent et transforment l’histoire culturelle de l’art et des idées. Elle pose la question suivante :  et si nous découvrions que le futur de mai 68 avait commencé en 1947 ?
La culture française d’après-guerre traverse une crise épistémologique sans précédent. La notion fondatrice d’humanisme et ses valeurs attenantes ont été sérieusement ébranlées. L’entité « identité française », réduite et essentialisée pendant la Seconde Guerre mondiale, devient inévitablement l’enjeu d’une déconstruction. 1947 apparaît dès lors comme une année pivot.
Dès 1947, la vie quotidienne devient l’objet d’une recherche à la fois philosophique grâce à la publication de Critique de la vie quotidienne d’Henri Lefebvre, littéraire grâce aux auteurs Simone de Beauvoir et Georges Pérec, et technologique comme le montre le film Mon oncle de Jacques Tati. Les imaginaires d’un lendemain en puissance ne peuvent être conçus qu’à partir d’un présent observé, analysé et commenté par les sciences sociales alors en plein essor.
En 1947, l’enregistrement radiophonique « Pour en finir avec le jugement de Dieu » d’Antonin Artaud enclenche un grand mouvement vers les nouveaux langages et réunit dans son spectre : les lettristes, les écrivains de la Beat Generation installés rue Gît le cœur et des artistes comme Orlan, Pierre Molinier et Robert Malaval.

Géraldine Gourbe est philosophe et spécialiste de la scène artistique de Los Angeles. Elle a enseigné l'esthétique à l'Université, en École d'art et Sciences Po. Elle prépare une exposition monographique avec Andrea Zittel à la Villa Arson, été 2017.

Florence Ostende est historienne de l'art et commissaire d'exposition. Elle enseigne à la HEAD (Genève) et a récemment organisé l'exposition de Ugo Rondinone "I Love John Giorno" au Palais de Tokyo.