Scenius II, une œuvre de Laëtitia Badaut Haussmann

L'exposition « Hands, Spells and Papers, Mains, Sorts et Papiers » à La Galerie, centre d'art contemporain de Noisy-le-Sec présente Scenius II de Laëtitia Badaut Haussmann (œuvre coproduite par le Cnap) mais aussi des pièces de Ana Mazzei et Félicia Atkinson, Cyril Verde et Sébastien Rémy.
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SCENIUS II

Laëtitia Badaut Haussmann conçoit Scenius comme une méthode : la matérialité de cette œuvre est transitoire ; ce qui la caractérise, c’est ce qu’elle produit, à savoir un système de relations et d’effets de réciprocité.
Scenius II est une des incarnations de ce projet, qui emprunte son titre à un néologisme forgé par Brian Eno, une contraction des termes anglais genius et scene.

En janvier 2016, Laëtitia Badaut Haussmann éteint les néons au plafond de La Galerie de Noisy-le-Sec. Elle leur substitue de chaleureux îlots de lumière. Periscopio, Patroclo,Toio, Splight, Zagar 3 — des lampes d’artistes et de designers empruntées à la collection du Cnap — forment le paysage qui expose et soutient les œuvres des artistes invités de la saison « Tes mains dans mes chaussures ». À la fin du cycle, la lumière blanche qui tombe à nouveau du plafond parait bien sévère aux occupants de La Galerie. Ils imaginent avec Laëtitia Badaut Haussmann un délai de grâce. Ainsi naît la commande de Scenius II, en coproduction avec le Cnap. L’artiste conçoit une série de lampes, déclinée en deux modèles : le lampadaire et la baladeuse
Les lampadaires conçues par Laëtitia Badaut Haussmann adoptent la versatilité d’une typologie désuète : le paravent. Ils révèlent en cachant, offrent des partitions temporaires et sont reconfigurables à l’envie. Ils évoquent le souvenir des prouesses laquées de la designer Eileen Gray et se font l’écran de multiples projections cinématographiques. Les baladeuses s’accrochent comme des bijoux dans l’espace d’exposition et l’ornent de lueurs colorées. Scenius II, comme toutes les œuvres de la collection du Cnap, est vouée à s’immiscer dans différents contextes, à servir et à provoquer d’autres projets, d’autres espaces et d’autres fictions.
(extraits adaptés du texte de Juliette Pollet, disponible intégralement dans le journal de l’exposition)
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L'EXPOSITION

« Mains, Sorts, Papiers » ressemble à une variante du jeu de main à trois choix « Pierre, Feuille, Ciseaux ». Les « théories du pierre-feuille-ciseaux » livrent des analyses éclairantes sur les collisions entre hasard et prédic­tion. L’une d’elles est que si les joueurs pouvaient jouer de façon complète­ment aléatoire, ce serait le meilleur moyen d’obtenir un tiers de probabi­lité de gagner. Elles nous apprennent aussi qu’une séquence aléatoire est impossible à générer sans l’aide d’une machine, de dés ou de pièces de monnaie… Avec ce jeu de main, la compétition porte donc le plus souvent sur l’analyse du comporte­ment de l’adversaire qui, se sachant observé, change de stratégie afin de rester le plus imprévisible possible. En plus de capter toute l’attention des joueurs qui cherchent à la fois à percer la logique de l’autre et à brouil­ler ses propres suites, les chances de gagner par cette technique de déduction sont encore plus réduites et finalement les meilleurs joueurs sont ceux qui parviennent à enlever toute apparence logique à leurs choix. Le hasard apparaît alors comme inac­cessible à l’esprit humain, trop logique, trop prévisible, trop préoccupé par le lien. C’est là que le sort intervient dans le jeu comme un facteur de désordre : au lieu de mimer le hasard, laissons le sort agir et la magie nous dicter un scénario extra-humain, nous libérer de tout effort d’anticipa­tion et d’improvisation. Glissé entre la pierre, la feuille ou les ciseaux, ou entre la main et le papier, le sort libère le joueur de toute volonté de contrôle, de tout projet. Accueillir le sort, c’est reconnaître une forme de puissance aléatoire imaginaire, c’est permettre de passer de la main au papier, du projet au geste sans avoir prévu les effets de ce passage. Voilà une autre forme d’hospitalité radicale, celle qui perd le contrôle, qui s’en remet au sort et lui passe la main. Le sort, sur lequel la main ne peut rien, lui redonne goût au jeu.
(extrait du texte d’Émilie Renard, disponible intégralement dans le journal d’exposition).
 

Les artistes présentés: 
Dernière mise à jour le 23 juill. 2018